Accueil et soins aux personnes âgées dans l’Hérault

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Le vieillissement de la population devient un problème de société majeur dans notre pays, particulièrement pour les classes défavorisées. La réflexion sur le rôle et la place de la personne âgée dans notre société, sur la nécessité de sa prise en charge quand elle perd son autonomie, a commencé en 1997 avec une loi instituant une prestation spécifique dépendance récupérée auprès des familles  au décès de la personne .  Il faudra attendre 2001 pour la création  d’une allocation (non récupérable) : l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA). Depuis, les modalités d’accompagnement des personnes âgées en perte d’autonomie a peu évolué alors que la demande explose.  Le gouvernement nous promet une loi « Grand âge » que nous attendons encore.

I    Contexte démographique et économique

En France 

Aujourd’hui, 1 Million 400 000 habitants ont plus de 85 ans et 300 000 personnes de plus de 60 ans n’ont aucune relations sociales ou familiales. (Chiffres de l’association «petits frères des pauvres »). Le nombre de personnes de plus de 85 ans va être multiplié par 4 d’ici 2050. (Chiffres de l’INSEE)

Dans l’Hérault : (chiffres de l’INSEE)

10% de la population a plus de 75 ans. Entre 2015 et 2040 il y aura une augmentation de 33% des plus de 75 ans .                                                                        

En 2040 :  82% des personnes âgées dépendantes seront prises en charge à domicile.

La population « des aidants » progressera 3 fois moins vite que la population des 75 ans et Plus.

En 2015 il y avait : 10.237 places en Ephad pour 31 700 personnes âgées de plus de 75 ans dépendantes : soit 32 places pour 100 personnes dépendantes.

En 2040 il y aura : 10.299 places en Ehpad pour 55 000 personnes âgées de plus de 75 ans dépendantes :soit 18,7 places pour cent personnes dépendantes

Aujourd’hui les moyens d’accueil des personnes en perte d’autonomie manquent déjà : peu de places en maison de retraite, tarifs inaccessibles pour les classes populaires ; l’accompagnement en maison de retraite, comme à domicile est insuffisant.

La situation politique et économique laisse augurer au mieux un statut quo quant aux moyens de l’état alloués au sanitaire et social.

Pour compenser le manque de structures d’accueil, un grand nombre de sociétés privées à but lucratif se spécialisent dans l’accueil et l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie . Le département leur verse  comme à toutes les structures dédiées aux personnes âgées, des subventions et l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) destinée aux personnes hébergées.

Le problème est que ces structures, appartenant la plupart du temps à des groupes cotés en bourse, sont tenues de faire du bénéfice pour rétribuer leurs actionnaires.  L’aide aux personnes âgées dépendantes devient alors une source de profit : « l’or gris ».

II   Accueil des personnes en perte d’autonomie : Description

1 Parcours d’une personne âgée en perte d’autonomie     

1° Etape :

Aux premiers signes de perte d’autonomie , la personne âgée ou la famille ou un-e proche demande un dossier d’allocation APA  à la maison départementale de l’autonomie (MDA), pour une évaluation de la perte d’autonomie de la personne,  afin de mettre en place  un plan d’aide.

Un-e  professionnel-le  du Conseil Départemental ( assistante sociale, conseillère en économie sociale, infirmier-e , médecin) évalue la perte d’autonomie de la personne suivant les critères d’une grille nationale «  GIR » (Groupe Iso-ressource) permettant de mesurer ses besoins. La classification du GIR comprend 6 groupes : le groupe 1 correspond à une dépendance physique et intellectuelle complète, les groupe 5 et 6 à une autonomie relative.

2° Etape :

–  Si la personne est classée suivant le groupe 5 ou 6, elle peut rester à domicile avec un accompagnement léger: X nombre d’heures de ménage, accompagnement aux courses, etc.  par des aides à domiciles et auxiliaires de vie qu’elle peut payer avec l’aide de divers fonds d’action sociale : du département (service territorial de solidarité) , des mairies (CCAS) , des régimes de sécurité sociale et assurances  (mutuelles) .

–  Si  la personne est classée en Gir 4 , Gir 3,  elle a besoin de plus en plus d’accompagnement ( aide au coucher lever, toilette, repas, etc.) Jusqu’à Gir 2 et 1 où elle est complètement dépendante pour tous les actes de la vie.

– De Gir 4 à Gir 1 la personne est bénéficiaire de l’APA. Elle peut :

  • Soit demander à rentrer en Ehpad : Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes
  • Soit demander un accompagnement à domicile où se relaieront différents personnels d’accompagnement et de soin : aide à domicile , auxiliaires de vie, aide-soignant-e-s infirmier-e-s
  • Soit trouver une structure intermédiaire entre le maintien à domicile et l’Ehpad par exemple les MARPA (Maison D’accueil Rurale pour Personnes Agées)
  • Des expériences d’habitat partagé pour personnes âgées fleurissent dans plusieurs régions , mais de même que les résidences « Séniors », ils ne sont pas médicalisés afin de recevoir des personnes complètement dépendantes.

 Quel que soit son choix, la personne paye les prestations d’aide à son autonomie avec l’aide de l’APA calculée suivant son GIR et ses revenus.

– Si elle reste à domicile, et ne s’adresse à aucune structure d’accompagnement, la personne âgée touche  directement l’APA.

– Si elle  s’adresse à une association, société privée commerciale, ou rentre en Ehpad, privé ou public, ceux-ci touchent l’APA pour la  personne âgée.

Dans tous les cas la personne paye un reste à charge (ticket modérateur) suivant ses revenus ; de plus elle paye la partie hôtelière si elle est en institution.

III Difficultés à chaque étape de la prise en charge

Il va de soi que les difficultés viennent quand il y a besoin de beaucoup d’accompagnement à partir du Gir 4 où est déclenchée l’APA jusqu’au Gir 1 avec perte totale d’autonomie.

1° – Evaluation de la perte d’autonomie et des besoins : le GIR

L’évaluation Gir est faite par du personnel médico-social spécialisé, formé à cette évaluation ( assistant-e social-e, conseillère en économie sociale, Infirmier-e) du service départemental d’autonomie. L’évaluation des besoins d’aide de la personne en perte d’autonomie peu prendre beaucoup de temps suivant le degré d’handicap physique ou mental

Un temps auquel il faut ajouter la durée du déplacement au domicile .Vu l’augmentation  des demandes d’APA , suivant les endroits, les professionnel-e-s  n’ont plus assez de temps pour évaluer comme elles/ ils le  voudraient .L’évaluation du plan d’aide est souvent difficile : 

Par exemple,  avec une enveloppe Gir  4  (672 euros) il faut choisir , dans le plan d’aide, le nombre d’heures d’aide à domicile (maximum 12h /mois ) , ou le  portage des repas,  ou télé alarme, ou matériel d’adaptation. Impossible souvent de répondre à tous les besoins alors que la personne ne relève pourtant pas d’un classement en Gir 3 où la personne a besoin d’aide pour les soins corporels plusieurs fois par jour.

Les cas les plus difficile sont les GIR 2  ou il faut choisir entre « l’assistance quotidienne dans tous les gestes de la vie » ou la surveillance permanente, et les Gir 1 où  avec une enveloppe de  1737 euros il faut  assurer une présence continue et assister la personne dans tous les geste de la vie. A ce stade la personne relève de l’Ehpad : mais ce sera très difficile de trouver une place.

Quand une plainte remonte, émanant soit de la personne âgée ou la famille, soit de l’association prestataire soit de de l’auxiliaire de vie elle même, l’assistante sociale organise une concertation au domicile de la personne âgée pour comprendre la source du problème et proposer une solution

On voit que les rôle des assistantes sociales du département qui établissent le GIR est fondamental pour une bonne prise en charge de de la personne âgée en perte d’autonomie et le suivi de  l’application du plan d’aide et son adaptation aux besoins.

2°-  Maintien à domicile :

La personne en perte d’autonomie peut avoir choisi librement le maintien à domicile, mais ce peut être aussi un choix par défaut parce qu’elle ne trouve pas de place en maison de retraite ou parce que la famille ne veut/peut pas assumer son prix prohibitif.

Dans l’Hérault :19% des plus de 75 ans sont bénéficiaires de l’APA ( moyenne nationale 12%) soit 22.892 personn

La préfecture  de l’Hérault a agréé 106 structures de prise en charge de l’autonomie à domicile : 2 Service à Domicile de CCAS, 52 associations à but non lucratif, et 43 sociétés privées commerciales. La tendance est à la diminution des établissements publics (les Centres Communaux d’Action Sociale ou CCAS par exemple) et à l’augmentation des établissements privés

Dans le cas d’un maintien à domicile ,l’évaluation de la personne en perte d’autonomie déclenche un plan d’aides  . Ces aides sont dispensées par des aides à domicile et/ou auxiliaires de vie envoyées par une association ou société d’aide à domicile. Leurs passages auprès de la personne sont souvent complétés par celui de personnel para médical  libéral: infirmier-e, aide-soignant-e, kiné prescrit par le médecin.

Pour une personnes âgée en perte d’autonomie il est fondamental que l’ aide à domicile ou l’auxiliaire de vie qui va l’accompagner ,ait des conditions de travail qui la rendent suffisamment disponible: sinon c’est la personne âgée qui  en subira les conséquences.

– Les auxiliaires de vie et aides à domicile peuvent soit travailler à leur compte et facturer leurs services par le biais du CESU (Chèque Emplois Service Universel), soit être salariées d’une association ou d’une société privée d ’aide et de maintien à domicile.

– Les auxiliaires de vie et aides à domicile qui travaillent à leur compte  passent un contrat de gré à gré avec la personne en perte d’autonomie qui deviendra leur employeur, ( elles fixent leur salaire, nombre d’heures etc..) Elles  sont demandées sur la base de leur « réputation » : ce choix mutuel permet une liberté d’organisation propice à une prise en charge adaptée aux besoins de la personne âgée. Mais  comme tous les  Contrat à Durée Déterminé leur statut est précaire

– Les Auxiliaires de vie et aides à domicile  qui travaillent  au Services d’Aide à Domicile (SAD) d’un CCAS sont les mieux loties : statut d’agent territorial et meilleur salaire (smig + prime de fonctionnaire : 250 euros /mois )

Les problèmes viennent surtout du statut des aides à domicile et auxiliaires de vie salariées dans des structures prestataires de services : associations à but non lucratif et sociétés privées commerciales :

Les besoins de maintien à domicile augmentant, par vieillissement de la population et saturation des Ehpads, les associations (à but non lucratif)  et sociétés commerciales d’aide à domicile  se multiplient.

C’est un gisement d’emploi : d’ici 2030 : 1million d’emplois à domicile seront nécessaires.

Il y a beaucoup de disparité entre les structures de prise en charge. Malgré le sérieux de grandes associations reconnues ,Il y a encore trop d’associations  et de société privées qui embauchent des aides à domicile en CDD , sans les former, les sous-payent et,  leur imposent des tournées de travail  à la limite de la maltraitance. Par exemple, en zone rurale, il peut arriver  qu’une auxiliaire de vie  doit passer chez un-e bénéficiaires à 8h , puis doit être à 11h à 20 Km ,et à 14h encore à 10 Km :, n’ayant pas le temps de rentrer chez elle pour manger , elle se contente d’ un sandwich dans sa voiture pour reprendre l’après-midi  2 visites encore, espacées de 10 km ! Si elle n’a qu’une heure chez la personne à aider, elle va très vite et ne peut pas répondre à toute les demandes. Parfois  un kiné ou une infirmière est aussi sur place et elle doit composer avec la situation , parfois ils ne sont pas passés et l’auxiliaire est obligée de parer aux plus pressés des besoins… La situation est pire si c’est une aide à domicile sans aucune formation. 

Une autre auxiliaire de vie  en zone urbaine, aura peu de trajets, mais  pour arriver à un salaire décent accumule les visites , ne se donnant que 15 minutes entre chaque bénéficiaires, jusqu’à travailler 10h d’affilées : Avec trop de fatigue accumulée, elle ne pourra pas avoir la disponibilité requise pour répondre aux besoins.

A cause de la multiplication des CDD due aux remplacements congés maladie et un important « turn-over »,  Il peut arriver qu’un-e bénéficiaire  voie passer 3 auxiliaires de vie différentes dans une semaine . La famille, les « proches aidants » sont obligés de combler les manques, surtout quand la personne a perdu presque toute son autonomie.                                                                                                                                                                                  

Les aides à domicile et auxiliaires de vie font un travail très difficile , précaire (majorité en CDD)et surtout pas assez reconnu. C’est un travail fatiguant physiquement :  il faut soulever les personnes âgées parfois très lourdes, entretenir un logis sans matériel approprié et parfois insalubre (beaucoup de bénéficiaires sont seul-e-s et pauvres). Il y a beaucoup de maladies professionnelles : Troubles Musculo Squelettiques (TMS) et plus d’accidents du travail que dans le bâtiment !

Et c’est aussi un travail fatiguant psychologiquement : il faut être patient-e, disponible, parfois résister aux violences verbales.

Il y a dans certaines associations,( même à but non lucratif), des dérives au niveau de l’encadrement et parfois de trop grosses différences de salaire entre le directeur et les salariés. Ces dérives et inégalités retombent sur la prise en charge des personnes âgées.

Une salariée peut faire facilement 50 km dans la journée et être dehors plus de 8h. Les indemnités kilométriques et le temps de travail en trajets est plus ou moins rémunéré suivant les associations.

Sous la pression des syndicats, les conventions collectives (il y en a 3 suivant le type d’employeur) ont heureusement évolué et un minimum d’indemnité kilométrique a été instauré (22 ct d’euro le Km).

Par ailleurs, des aides à domicile  commencent à s’organiser pour être reconnues , avoir un meilleur statut, être formées ,mieux payées etc..: elles ont créé un collectif : « La Force Invisible des Aides à  Domicile » ; Elles ont manifesté le 20 septembre à Paris. (Film de Ruffin « Debout les femmes ».)

Résultat de ces mobilisations : les auxiliaires de vie bénéficieront d’une revalorisation en Octobre 2021, mais elle ne sera conséquente que pour les salarié-e-s ayant 10 ans d’ancienneté = +13.6%. Pour les autres ce sera seulement 2% !

Statut du proche aidant : Nous avons vu que sans l’aide des proches, la prise en charge  par l’APA  est insuffisante, quand la personne a perdu presque toute son autonomie : leur rôle a été enfin reconnu : Le département en partenariat avec la CAF et L’ARS ont mis en place :

–  Le  statut du « proche  aidant ».

–  Le droit au répit, (depuis 2016) intégré à l’APA : il permet d’accueillir la personne âgée en hébergement temporaire.

– Le proche aidant a droit à un congé professionnel de maximum 1 an non payé par son employeur  mais indemnisé par la CAF  suivant les conditions de ressources :44 à 52 euros/ jours pendant 3 mois .(470 euros par mois). Cette indemnité  ne couvre pas bien sûr les besoins de l’aidant, surtout si cette situation dure.

3° Partenariats départementaux permettant l’amélioration des prises en charge à domicile :

Dispositif MAIA : Il arrive souvent que l’état d’une personne âgée s’aggrave et que le plan d’aide APA  ne soit plus adapté. Le changement du plan d’aide ou de GIR peut prendre 1 mois :du signalement à l’intervention des équipes.

L’objectif de l’APA étant la réponse la plus ajustée aux besoins  le conseil départemental et l’ARS  pilotés par le CNSA ont mis en place le dispositif MAIA :Méthode d’Action pour l’Intégration des services d’aide et de soins dans le champs de l’autonomie. Ce dispositif permet :

–  la concertation des décideurs /financeurs et des producteurs d’aide .

–  la création d’un guichet « unique, intégré » pour répondre à tous les besoins de la personne en perte d’autonomie: par exemple, la personne dont le GIR n’est plus adapté s’adresse au dispositif MAIA qui mobilisera les équipes médico-sociales de l’APA. Celles-ci modifieront le plan d’aide, et contacteront les services aide et de soins à domicile.( SAAD,SSIAD)

–  La nomination d’un-e «  gestionnaire de cas » : Pour les cas compliqués (perte brutale de mémoire, refus d’aide ..etc) Ce ou cette  professionnelle  , unique référent-e,  coordonne les actions nécessaires : lien avec la famille, CHU, médecin traitant, professionnels d’aide à domicile.

– Il existe 7 unités MAIA sur le département : actuellement elles n’agissent que pour  les cas très compliqués nécessitant l’intervention d’un-e  gestionnaire de cas.

 Schéma Départemental de l’autonomie 2017-2021 : Pour assurer l’organisation territoriale et l’accessibilité de l’offre de services de proximité , il a été  élaboré un schéma départemental d’autonomie de l’Hérault  , en cohérence avec le schéma  régional de santé. Il a pour objectif de pouvoir influer sur l’offre  en favorisant la création, la transformation ou la suppression de structures d’accueil.    

La Conférence des financeurs : composée de représentants du département et de l’ARS, établit dans chaque département un diagnostic des besoins de prévention concernant les personnes de 60 ans et plus et finance des programmes  de prévention. Les financements sont alloué par la CNSA.

Tous ces dispositifs visent à coordonner, rationnaliser et donc améliorer l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie, mais leurs moyens sont limités par la tutelle de la CNSA qui fixe les plafonds de dépense. 

 3° Les Ehpad 

Au niveau national 30% des personnes des personnes de plus de 90 ans y ont recours. Dans l’Hérault pour 120 071 habitants de plus de 75 ans, 9 940 places sont réparties dans 153 Ehpads : 36,2% des Ehpads sont publics,23.5% sont gérés par des associations, 38.8% appartiennent à des sociétés privées.

L’entrée en Ehpad peut être demandée par des personnes encore valides qui ne peuvent/veulent pas rester à domicile (Gir 5 et 6 sans allocation APA) ; ou par des personnes de GIR 4 à GIR 1   qui peuvent payer ou dont la famille peut payer un minimum 2 000 euros par mois. Les personnes qui ne peuvent pas payer peuvent avoir recours à l’Aide Sociale Personne Agées (ASPA). Mais cette aide est récupérable sur l’héritage des enfants. En conséquence, beaucoup de familles préfèrent garder leurs anciens. Plus la famille est grande plus la mobilisation autour de la personne âgée sur place peut compléter le service de l’APA. (Il existe une grande solidarité parfois dans les villages ou les quartiers pauvres)

Dans les Ehpads les personnes âgées peuvent paraître plus en sécurité puisque tous les services sont coordonnés : soins, hygiène, animation, hôtellerie restauration 24h sur 24. Mais la réalité est différente : nombreux sont les témoignages sur la maltraitance en Ephad ; maltraitance qui n’est bien sûr volontaire, mais dont l’origine est un manque évident de personnel, que ce soit dans le privé ou le public.

Pour des raisons de difficulté de recrutement et des raisons budgétaires (le poste salaire est le plus important dans un budget)  il manque :

  • Des infirmier-e-s : le métier d’infirmier-e n’est pas attractif, vu le nombre d’années de formation, les responsabilités et la charge de travail. (70% de grabataires en maison de retraite) Elles préfèrent aller travailler dans des services plus valorisants de plus haute technicité.
  • Des aide-soignant-e-s : Métier peu qualifié (avant en catégorie D, il est passé en c) il demande un amour du prochain très développé pour passer son temps à faire des toilettes et changer des couches souillées. Elles et ils ne sont pas reconnu-e-s pour leur qualités humaines indispensables. Ce sont les plus proches des personnes âgées. Sans aide-soignant-e-s : pas de dignité de la personne âgées. Pourtant les Ecoles d’aide-soignant-te-s sont en déficit de 50% !
  • Des animatrices et animateurs: métier pas reconnu et mal payé, indispensable en maison de retraite : les personnes âgées souffrent de solitude, car elles communiquent très peu entre elles à cause de leurs déficits physique et psychologique.
  • Des psychologues : essentiels aussi, en particulier pour la prévention des troubles anxiodépressifs causés par la grande solitude. Au mieux : 1 psychologue à ½ temps pour 80 résidents !

Ces manques sont palliés par des embauches de personnes moins qualifiés et moins payées : Les auxiliaires de vie, les Aides médico Psychologiques (AMP) qui manquent de formation en gérontologie et font parfois un peu tout :

Par exemple ; une auxiliaire de vie dans un ehpad de nuit toute seule pour 20 personnes : elle a une énorme responsabilité, fait le travail d’une aide-soignante (sans en avoir le  salaire) et doit gérer seule des situations parfois très compliquées : des personnes qui perdent la tête, qu’il faut changer,  qui peuvent même être violentes.                                                                                                                              

 Un-e aide-soignant-e peut avoir jusqu’à 14 toilettes dans une matinée entre 8H 30 et 11h 45 ! on arrive à 20minutes par toilettes. S’il y a beaucoup de grabataires, il faut les aider au petit déjeuner … Souvent les familles doivent venir aider au petit déjeuner (si on leur permet !).  Pendant ce temps les auxiliaires de vie s’occupent des personnes moins dépendantes dans le salle commune ; mais il y a souvent des problèmes de change à assurer en urgence quand les aides soignant-e-s sont occupées ailleurs.  Etc..

Si les Ehpads  manquent de personnel c’est toujours par manque de budget :                                                                  

 – soit les prestations APA  sont insuffisantes ,   soit la direction n’embauche pas suffisamment pour équilibrer son budget. Parfois le médecin coordinateur de la maison de retraite baisse les évaluations GIR  (de 3 vers  2 ou 1) pour obtenir plus de personnel non médical et de matériel.

 – Soit pour le privé c’est u moyen de faire des économies pour augmenter leur  bénéfice.   

Que ce soit à domicile ou en Ehpad, le personnel spécialisé dans l’aide et le soin manque de temps : le temps de l’écoute, de la reconnaissance, du réconfort. Ce temps essentiel de la communication est vital pour la bonne santé de la personne âgée .                        

IV Les Financements :

L’APA est financée nationalement par la Caisse Nationale de Solidarité pour l’autonomie qui répartit les enveloppes dans les départements selon un certain nombre de critères : le nombre de personnes âgées de plus de 75 ans (50% du calcul), les dépenses APA de l’année précédente etc. Rentrent aussi dans l’enveloppe une fraction de la CSG.  (Contribution générale socialisée) et une fraction de la « solidarité autonomie » (o,3% de la masse salariale = 1 jour de congé en moins pour les salariés)

La dotation nationale est en baisse : elle est passée de 2miliards 31 euros en 2019
à 1 milliard 992 euros en 2021 Alors que :

– les départements ont moins de ressources locales (suppression de la taxe d’habitation),

– et que les besoins augmentent : les dépenses d’APA depuis 2001 (date de sa création) ont été multipliées par 2.5 et  la population nationale des bénéficiaires a doublé (elle est passée de 600 000 en 2002  à 1,2millions en 2021.

Pour l’Hérault :

Le Budget Global 2020 et 2021 est constant :  1,5 Milliard d’euros avec une dépense supplémentaire de 130 millions d’euros due au COVID

– 1/3 de la dépense publique concerne la prise en charge sociale et sanitaire.

 – Le budget alloué aux personnes âgées représente 214 millions d’euros. 16,70 % du budget total .
Concernant les entrées de fonds, la taxe d’habitation a été supprimée. Petite compensation : la taxe de mutation foncière sur les achats et ventes immobilières est en hausse.

Pour l’APA :

Le Budget Primitif  2019   y consacrait  156 061 Euros ; 
Le Budget Primitif de 2020 y consacrait  160 152 euros ; soit une augmentation de 2.62%
L’APA à domicile représente 97% du budget alloué aux personnes âgées .

Donc :
– De manière générale les ressources de l’état sont en baisse car les rentrées fiscales diminuent depuis des années (suppression de l’impôt sur la fortune,  exonérations sur les cotisations sociales  patronales)
– En conséquence les ressources finançant l’APA  diminuent alors que les besoins   seront multipliés par 4 d’ici 2050

V PROPOSITIONS :     

L’état s’est débarrassé de la gestion de la vieillesse sur les départements sans lui en donner les moyens alors qu’à tous les échelons tout le monde est bien conscient des difficultés à venir concernant le prise en charge de notre population vieillissante. La loi grand âge tant attendue risque d’accoucher d’une souris (ultra libérale).

 Vu les difficultés existantes et l’augmentation exponentielle des besoins  il faudra bien sûr multiplier les moyens.

La bonne prise en charge des personnes  maintenues domicile ou hébergées en Ehpad dépend :

1 –  De la bonne évaluation des besoins d’aide APA
2 – De l’encadrement du fonctionnement  des associations d’aide à domicile et établissements agréés par le département.
3 – De la bonne gestion des équipes de professionnels  intervenant dans les services à domicile et dans les Ehpads
4 –  Et surtout de la création  de suffisamment de structures publiques d’accueil et d’aide à la personne pour répondre aux besoins de tout le territoire et empêcher la prolifération des structures privées .

1 – Pour une bonne évaluation GIR , pour une réponse adaptée  aux besoins, pour un  suivi rigoureux des prestations d’aide il faut :                                                               

–  Renforcer l’équipe sanitaire et sociale du service départemental de l’autonomie  permettant l’évaluation du GIR , et le  suivi des prestation d’aides

–  Faciliter et accélérer les prises en charge APA en multipliant les unités MAIA : guichet unique et intégré.

Augmenter les plafonds maximums de l’aide APA  en particulier pour l’aide aux personnes complètement dépendantes  (GIR 1 et 2)

–  Augmenter les indemnité des aidants obligés d’abandonner  leur travail pour s’occuperde leur personne âgée.

2 – Pour l’encadrement des prestations d’aide (association, sociétés commerciales, Ehpads) :

Etablir une charte de qualité départementale à laquelle doit adhérer l’association ou l’établissement pour être agréée

3 – Pour une bonne gestion des équipes de professionnel-les intervenant à domicile ou en Ehpad                                                                     
– Refus de subventions si pas d’adhésion à une charte.

Contrôler la bonne mise en œuvre de la charte de qualité à laquelle adhère l’organisme, en particulier concernant les conditions de travail du personnel aidant : Formation, qualification, salaire, statut.

– Intervention immédiate du département s’ il y a maltraitance des résidents par manque de personnel , le cas échéant suppression de l’agrément et de toute subvention.

4- Pour répondre aux besoins d’aide et d’accompagnement des personnes âgées sur tout le territoire

Créer de petites unités publiques d’hébergement médicalisées ouvertes sur le village ou le quartier en ville.

– Créer  des maisons locales de l’Autonomie organisant des actions  de prévention « bien vieillir » et comprenant  accueil de jour des personnes en perte d’autonomie.

Favoriser la création d’établissements solidaires d’utilité sociale pour les prestations d’aide à domicile.

Favoriser les habitats participatifs incluant le logement de personnes âgées   pour les relations intergénérationnelles.

Multiplier les partenariats avec 

* les Ets scolaires écoles collèges, lycée, université pour une découverte mutuelle entre les enfants et les personnes âgées 

* les établissements culturels  , pour faire rentrer l’art dans les maisons de retraite : musique, chant, théâtre                     

* les  établissements de formation des professeurs de sport («  STAPS » Sciences et techniques des Activités Physiques et Sportives) Pour organiser des stages d’étudiants en maison de retraite.   

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